19 septembre 2008
Pot-Bouille - Emile Zola
Dans ce volet qui annonce la fortune d'Octave Mouret, personnage principal de Au bonheur des Dames, Emile Zola atteint une finesse dans l'analyse des caractères humains à mon sens jamais égalée.
Je suis certaine que vous avez déjà eu l'occasion de contempler cette gravure XIXème siècle de l'immeuble haussmannien parisien qui illustre toute la hiérarchie sociale de cette époque (et des autres!) ? Dans l'entresol, une boutique proprette, au rez-de-chaussée, la gardienne et les remises, au premier étage (étage noble), l'aristocratie ou bien la grande bourgeoisie, au second, une bourgeoisie plus modeste, au troisième, une qui essaie d'être digne de sa classe sans en avoir les moyens matériels, au quatrième, des gens modestes, au cinquième, des ouvriers et sous les combles les mansardes des bonnes, les ateliers d'artistes et les grabas de miséreux. Une pyramide inversée dans laquelle les plus pauvres sont les plus élevés, plus proches des cieux aussi. Evidemment, Zola nous dépeint les signes extérieurs de gradation sociale de l'immeuble dans un vocabulaire savoureux qui laisse peu de doute sur sa commisération pour ses habitants. Qui vaut mieux que l'autre ? Quels liens se tissent secrètement ou au grand-jour entre les habitants de cet immeuble type ?
De par cette disposition, toute l'action de l'oeuvre est presque réduite à un huis clos haletant à multiples rebondissements et aux destins croisés. Sur les paliers, les uns passent, les autres épient et au fond des appartements, dans les cuisines, les bonnes déshabillent leurs maîtres avec le langage ordurier et cru qui leur sied. Et dans la cour intérieure de l'immeuble se déversent comme dans un égout les secrets des gens bien comme il faut, les salissures des âmes et de la morale.
Pot-Bouille est un savant tissage de fils noirs et gris à travers lequel résiste celui, vert, de l'espérance, qui montre le chemin vers une issue purifiée, délestée de tout ce que les ors et les tapis rouges des escaliers s'ingénient si bien à dissimuler mais qu'on nomme à juste titre la misère sentimentale.
17 septembre 2008
Au bonheur des Dames - Emile Zola
Au bonheur de... moi !
Comment décrire les sentiments, les émotions et l'élan de vie qui m'ont envahie les 8 fois où j'ai dévoré ce chef-d'oeuvre d'Emile Zola ? Au bonheur des dames est plus qu'une peinture sociale dans l'univers naissant et rapace des grands magasins parisiens, au XIXème siècle, c'est tout simplement la condition humaine qui s'inscrit à travers les personnages de Denis et d'Octave, les deux amants dont la romance est l'épine dorsale de cette oeuvre et qui balaie en trop peu de pages tout l'éventail de l'amour, du frisson d'un premier regard à la sensualité de la première étreinte.
L'histoire : Denise, originaire du Cotentin, jeune demoiselle de magasin, rayon des confections, débarque un beau matin dans le Paris pressé et agité, inhumain de cette période d'effervescence qu'est le Second Empire. Ses deux frères à sa charge, elle est seule et pauvre et doit affronter son destin : vivre et faire vivre les siens. Que possède-t-elle ? Rien de matériel mais la grâce, la patience et la douceur irrationnelles d'un ange oublié sur Terre. Son caractère entier et simple se heurte à la méchanceté, à la médiocrité et à la bassesse de son entourage mais elle est résistante, quoique frêle, et surmontera toute les épreuves qui se trouveront sur sa route pour gagner le droit de rester digne et fidèle à ses principes vertueux. L'entreprenant et ambitieux Octave, patron d'une des enseignes montantes de ce secteur en pleine expansion qui dévore les petits commerçants, est dès l'abord déconcerté et vaincu par l'innocence de Denise, par sans manque de calcul et de discernement. Débute alors une quête, la quête éternelle de l'Homme, vers un amour que d'aucuns croieront impossible, à commencer par les deux principaux intéressés mais ils luttent contre une fatalité qui les rattrapera... peut-être ? A vous de lire et de le dire.
