05 novembre 2008
Un barrage contre le Pacifique - Marguerite Duras
Résumé : La mère, c'est une ancienne institutrice du nord de la France, jadis mariée à un instituteur. Impatients et séduits à la fois par les affiches de propagande et par la lecture de Pierre Loti, tous deux tentèrent l'aventure coloniale. Après quelques années relativement heureuses, le père meurt, et la mère reste seule avec deux enfants, Joseph et Suzanne. Elle joue pendant dix ans, du piano à l'Eden-Cinéma, fait des économies, obtient, après d'infinies démarches, une concession à la Direction générale du cadastre, laquelle Direction, n'ayant pas reçu de dessous de table, lui attribue à dessein une concession incultivable.
C'est mon mari qui m'a offert ce roman au début du mois parce qu'il savait que je voulais lire Marguerite Duras mais que, jusqu'à présent, je n'en avais pas eu l'occasion. Je n'avais d'ailleurs aucun livre d'elle mais elle attirait ma curiosité.
Dès les premières pages, le dépaysement est total puisque l'action se passe en Indochine, colonie française dont je ne connais rien et sur laquelle je n'ai absolument rien lu !
J'avance bien et contrairement à mes premières appréhensions ou a priori, je suis de plus en plus envoûtée par l'atmsophère coloniale dans laquelle l'auteur nous plonge... Le peu de personnages, les mêmes à chaque page, donne un peu le tournis et on se sent aspiré par le récit, cependant assez statique, lourd de la torpeur de ce coin d'Indochine et de l'indolence oisive des colons prisonniers de leur sort.
Mon impression globale est mitigée, en fait, parce que j'ai été amené à apprivoiser le style de l'auteur que je ne connaissais pas du tout. Un style remarquable mais particulier, déconcertant pourtant, à aucun moment, je n'ai eu envie de stopper ma lecture, au contraire, une espèce d'instinct me dictait de poursuivre. Je n'ai pas ressenti d'émotions fortes à proprement parlé mais un enveloppement progressif et patient de mon intérêt, indéniable, en réalité.
27 octobre 2008
Le Quinconce - Charles Palliser
Un roman qui vous porte à bout de souffle ! Je me réjouis d'avoir acheté les 5 tomes d'un seul coup quand je vois le peu de temps que je mets à le dévorer ! La lecture de ce roman (que j'avais acheté il y a déjà plusieurs mois et qui dormait à côté de ses confères dans la bibliothèque) se teinte déjà de mystère pour moi car les louanges pleuvaient, que ce soit en 4ème de couv ou sur les forums.
Intriguée et vénérant les éditions Phébus d'un amour inconditionnel, je me suis décidée à acheter l'oeuvre. Mais les premières pages m'avaient laissée sceptique parce qu'on y trouvait d'emblée la noirceur de Dickens. Je n'avais pas fini le premier chapitre que j'arrêtai ma lecture ou plutôt la laissai en suspens...
Un déménagement et un mariage plus tard, je suis plus au calme et je décide de consoler ce délaissé en lui accordant de nouveau toute mon attention. Bien m'en a pris ! Je me suis faite happer par le narrateur et son énigme. Je ne peux plus m'arrêter de lire ! enfin, si, comme lorsqu'il est temps pour moi de travailler, comme maintenant ! ;-)
L'histoire se vit en réalité comme un puzzle en cinq actes (1 acte = 1 tome). Une sombre histoire entoure de mystères opaques une jeune femme qui vit seul avec John, son fils. Ils vivent de la générosité d'un protecteur que le lecteur ne sera jamais amené à rencontrer. Car c'est ça qui est fascinant : les servantes du roman en savent plus que nous ! On a beau lire attentivement, découvrir et approfondir les personnages, essayer de tirer notre épingle du jeu, rien à faire, le brouillard, en Angleterre, c'est le brouillard ! Il nimbe la campagne anglaise et les rues londonniennes d'un voile impénétrable et, au fil des pages, l'aiguillon du suspens se fait plus précis, plus cruel. Saura-t-on un jour ? Découvrirons-nous la vérité sur tout ce qui se trame autour de cette jeune mère et de son fils ? Ou bien, mon affreux pressentiment que l'auteur serait assez cruel pour nous laisser en plan en bout de course se réalisera-t-il ? Une chose est sûre : vous ne le saurez pas avant moi sauf si vous lisez plus vite !
17 octobre... J'entame le 4ème tome de ce passionnant roman. J'ai littéralement dévoré le tome 3 et l'énigme se resserre à tel point que je me demande comment le lecteur (et le narrateur) va sortir de cette toile d'araignée si subtilement tissée par l'auteur...
... et oui, c'est terminé ! Hélas, dis-je, car j'ai été tenue en haleine jusqu'à la dernière phrase. Je comprends maintenant pourquoi il aura fallu 12 ans à l'auteur pour achever son oeuvre ! Quelle complexité, quel suspence ! Les rebondissements n'en finissent jamais. J'ai tremblé tout au long de l'intrigue et j'ai beaucoup apprécié l'issue qui laisse au lecteur imaginer bien des perspectives !
21 octobre 2008
Une famille bien comme il faut - Marie-Claude Gay
En cours de lecture... Engluant. Non, en fait, je viens d'arrêter les dégâts, j'en peux plus ! Il ne me restait plus que quelques pages mais je n'ai vraiment pas le courage... La fin restera un mystère.
La connaissance, c'est comme la confiture : moins on en a et plus on l'étale ! (dit-on). Il y a un peu de ça dans ce roman laborieux à lire et dans lequel l'auteur s'auto-congratule dès qu'elle parvient à placer un mot de vocabulaire qui sort de l'ordinaire.
Intrigue(s) fade(s), difficile(s) à cerner. Est-ce le sempiternel mal-être d'une "bourgeoise névrosée" qui "a tout pour être heureuse" mais ne l'est pas ? Sont-ce les péripéties d'une simple nymphomane qui fait craquer le vernis des convenances ? Une chose est sûre : c'est une histoire trop pleine de personnages. Très peu sont connus de l'auteur elle-même et restent superficiels, sans intérêt. A vouloir suivre la trame de tant de personnages, on n'en suit aucun ; le lecteur est littéralement noyé ! Englué.
Pour pimenter ce récit en mal de saveurs, l'auteur ne nous épargne aucune des galipettes de son "héroïne" avec ses amants de passage. La première fois, c'est érotique ; la deuxième fois, c'est sensuel ; la troisième fois, c'est débridé et nauseux. Pas de quoi construire un drame quand on pouvait légitimement s'attendre à une saga familiale. Tout était pourtant là : famille enracinée dans son vignoble, noble comme les sarments qui ont fait sa fortune et sa renommée, etc. Des hommes légèrement stéréotypés mais cependant attachants dont on se détache très facilement.
Et puis, le jeu de 7/cette famille(s) avec le père, la mère, le grand-père, les deux grands-mères, le frère, les soeurs, l'oncle, le copain, les amants, le jardinier de la grand-mère, l'amant de la grand-mère, la voisine de la grand-mère... ça n'en finit plus, je vous dis !
Bof, bof, donc, mais, pleine de courage, je vais essayer de le finir, restent seulement quelques pages, quelques minutes de flagellation...
30 septembre 2008
Floris - Jacqueline Monsigny

Suivent la Belle de la Louisiane et Les Amants du Mississipi. (Dès que j'aurai trouvé des photos des deux autres tomes, je les mettrai).
ça fait déjà un bout de temps que j'ai lu les aventures de Floris, j'étais plus jeune mais tout aussi romanesque, je l'assume parfaitement. Même Benzoni ne m'avait jamais fait cet effet-là ! Je n'en ai pas dormi, je me rappelle même avoir prétexté un malaise au boulot pour finir plus tôt et rentrer bouquiner chez moi !
Les couvertures peuvent paraître anciennes, elles le sont. Il y a eu beaucoup de ré-éditions mais ils ne se trouvent d'ordinaire que sur les sites marchands de livres d'occasion ou chez les bouquinistes.
Floris, c'est d'abord l'histoire de deux frères inséparables. Ajouter à cela de multiples aventures, un secret entourant opaquement la naissance du héros qui ne serait pas moins qu'un bâtard du tsar Pierre le Grand !, des chevauchées, des passions, des intrigues, des espions et vous obtenez un cocktail détonnant d'où naîtra des amours contrariées et bouleversantes !
De quoi mettre en appétit, non ? Moi, j'ai succombé à plusieurs reprises puisque je me suis fait le plaisir de les relire à l'âge adulte. A ma grande satisfaction, les pages n'avaient pas pris une ride !
Harry Potter - J. K. Rowling
Je n'ai pas été transfigurée par Harry Potter, pourtant un personnage qui compte et qui comptera encore longtemps dans l'univers littéraire des petits et des grands. J'ai lu les 5 premiers opus et pour ainsi dire, je ne me souviens pas des quatre premiers, sans doute parce que les ai lus après avoir vu les films contrairement à l'Ordre du Phénix. J'ai aimé l'atmosphère fantastique qui se dégage de l'oeuvre, j'ai aimé le style de l'auteur, que je trouve très accessible et en même temps soutenu. J'ai aimé le rythme des aventures des trois camarades mais je dois dire que la redondance des décors de tome en tome me fait comme l'effet des films : un petit goût de déjà vu.
Je pense que mon préféré a été le 4ème avec cet esprit de compétition qui est la trame de l'oeuvre. Et puis, je dois aussi admettre que le fait que les héros soient plus âgés, adolescents et non plus enfants m'a davantage séduite. Ils commencent à exprimer leurs émotions. Leurs sentiments d'amitié et d'affection se font de plus en plus forts et intenses.
Je trouve les films très bien réalisés mais un peu trop longs et très noirs. Dans les salles obscures, j'ai été surprise (dans le mauvais sens du terme) en voyant des parents emmener des petiots de trois ou cinq ans. Je trouve que les mises en scène spectaculaires sont de nature à effrayer plus qu'à fasciner et moi, en tant qu'adulte, j'étais déjà une bonne partie du temps à mon cacher le visage contre l'épaule de mon mari, bien que je ne sois pas particulièrement peureuse alors, me disais-je, que doivent penser les plus petits ? J'ai arrêté ma lecture parce que je refusais de réserver un livre à la bibliothèque deux mois avant de pouvoir le lire et aussi parce qu'il m'apparaissait qu'étant donnée la tournure de l'histoire d'Harry Potter, l'auteur nous entraînerait sur une pente de plus en plus noire et violente, voire glauque. Mais bon, peut-être (sans doute) y reviendrais-je un jour.
26 septembre 2008
Le réseau Corneille - Ken Follett
L'histoire dure de ces "femmes et hommes de l'ombre", de ces résistants qui, au péril de leur vie, ont décidé de dire NON ! à l'envahisseur allemand. Annihilant leur existence, surmontant leurs peurs, leurs doutes et renonçant à leurs sentiments, ils conservent au coeur l'essentiel : le courage et l'espoir. Du patriotisme ? oui, c'est l'essence même de cette oeuvre. Aux côtés des personnages, téméraires ou lâches, on tremble, on frémit, on pleure presque sur leurs destinées tant la période nous paraît encore proche. Tellement incroyable cette réalité si éloignée de nos préoccupations quotidiennes, déjà relayée loin au fond de nos mémoires et pourtant encore si vives chez nos grands-parents. Le courage que déploient les héros de ce roman dont toute l'action se déroule en France, du parachutage à la torture, coule-t-il dans nos veines à nous aussi ? Si, par malheur, demain, notre pays connaît la guerre avec son cortège de méfiances et de douleurs, saurons-nous être réactifs(ves) et nous lancer avec autant d'abnégation dans une résistance acharnée ?
Toutes ces questions, je me les suis posées à moi-même au fil de ma lecture. J'ai dévoré le Réseau Corneille, fascinée par l'intrigue et par les soubresauts de l'action mais troublée au fond de moi de sentir que l'audace des personnages était loin d'être fictive. Je me suis souvenu des récits de ma grand-mère, de celui, tout particulièrement, qui retraçait pour moi les risques qu'elle avait encourus lorsqu'à seize ans, sous l'Occupation, alors qu'elle était alitée une jambe dans le plâtre sur son lit, les Allemands avaient fait irruption dans la maison de ses parents (mes arrière-grands-parents) pour l'inspecter et vérifier qu'il ne s'y cachait aucun juif. "Ils ont tout fouillé" me raconta Mamie "et lorsqu'ils m'ont vue allongée, ils ne m'ont pas dérangée mais ont soulevé tous les meubles, excepté le lit sur lequel j'étais. Ils sont partis après avoir mis la maison à l'envers. J'étais terrorisée : derrière mon lit s'ouvrait la trappe par laquelle on accédait à une cache dans laquelle ma mère avait effectivement logé une famille juive. A cet instant, si les Allemands m'avaient forcée à me lever et avaient bousculé ma couche, moi et ma famille aurions sans aucun doute été déportés et tu ne serais alors pas là à m'écouter", ça fait froid dans le dos, non ?
25 septembre 2008
Ambre - Kathleen Winsor
Un très beau roman, sans conteste, haut en couleurs ! Mais surtout dominé par le noir. En version libretto, plus de 900 pages. Un pavé, donc, mais qu'on peut quand même emmener partout, même à la plage.
Le récit est bouleversant, celui de la destinée d'une femme très belle, trop belle, qui va attiser (volontairement ou non) les convoitises des petits comme des grands, sera aimée, mal-aimée, déchirée et fidèle, quelque part, à son premier amour qui telle une flèche empoissonnée, vient, tout au long de sa vie, transpercer sa blessure secrète dès qu'elle se cicatrise.
Ce roman se lit facilement et l'on comprend tout aussi facilement pourquoi il fit scandale dans l'Angleterre puritaine qui le condamna. Les aventures d'Ambre sont celles d'une héroïne, d'une maîtresse royale, d'une égérie. Au fil de l'histoire, le lecteur est emprisonné dans l'atmosphère charnelle et érotique qui constitue le monde d'Ambre, sa raison de vivre, sa raison d'être, son salut, peut-être ?
Une oeuvre forte, jamais mièvre, jamais sucrée, mais dure et parfois bien cruelle qui nous fait sentir la chance que nous avons d'être nées femmes aujourd'hui et non pas hier.
La licorne et les trois couronnes - Valérie Alma-Marie
Treize ans ! Pas un de moins, que l'on attendait qu'un éditeur soit frappé du bon sens et réedite ce bijou romanesque ! Merci, mille fois merci ! Les aventures de Camille et de Philippe vont enfin pouvoir retrouver le chemin du public qui, j'en suis certaine, leur fera bon accueil.
La licorne et les trois couronnes est un livre qui, adolescente, m'avait empêché de dormir, je m'en souviens très bien. Je me rappelle l'avoir pris à la bibliothèque municipale et l'avoir dévoré en une seule nuit blanche ! Plus tard, adulte, j'ai constaté qu'il était introuvable excepté dans une bibliothèque à l'autre bout de Paris, je n'ai pas hésité tellement j'avais envie de le relire avec pour seule frustration de ne pas pouvoir mettre la main sur le tome 2 (de l'ancienne édition), le Griffon de Pavie. Ce n'est que bien plus tard, grâce à internet, que j'ai réussi à me le procurer et alors, là, trois heures délicieuses et trop courtes ont suffi.
Or, ce matin, qu'apprends-je ??? Une nouvelle édition qui non seulement réunit les deux premiers tomes (divisés en 2 tomes chacun) mais qui, en plus, publie la suite (2 tomes), intitulée Sur ordre du Roy et la Cavalière à la dague d'argent. Inutile de préciser que, même neuve et coûteuse, je l'ai déjà commandée !
Résumé : La Savoie en 1729. Intrépide cavalière, redoutable épéiste, la jeune Camille de Barsempierre découvre qu elle est la petite-fille du roi de Piémont-Sardaigne, Victor-Amédée II. Un médaillon en forme de licorne en atteste. Son père est mort vingt ans plus tôt, victime d un odieux complot. Menacée à son tour, Camille part trouver refuge auprès de son illustre grand-père qui lui demande de ne pas révéler son identité tant que les conspirateurs resteront impunis. Mais d autres dangers guettent la jeune fille. A commencer par le séduisant Philippe d Ambremont, officier aussi adroit aux armes qu en amour. Sur fond d intrigues diplomatiques et militaires, va naître entre Camille et Philippe une passion tumultueuse, troublée par le secret de la jeune fille... Notre princesse parviendra-t-elle à démasquer les assassins de ses parents ? Accèdera-t-elle au trône de Sardaigne ? Son amour pour d Ambremont trouvera-t-il son accomplissement ? Valérie Alma-Marie signe ici un éblouissant roman de cape et d épée. Son héroïne, aussi à l aise dans un univers d hommes qu à un bal de la Cour, déploie une séduction irrésistible qui ne laissera personne indifférent. Parfaitement documenté, écrit dans un style alerte, La Licorne et les Trois Couronnes est le premier volet prometteur d une série de huit.
19 septembre 2008
Pot-Bouille - Emile Zola
Dans ce volet qui annonce la fortune d'Octave Mouret, personnage principal de Au bonheur des Dames, Emile Zola atteint une finesse dans l'analyse des caractères humains à mon sens jamais égalée.
Je suis certaine que vous avez déjà eu l'occasion de contempler cette gravure XIXème siècle de l'immeuble haussmannien parisien qui illustre toute la hiérarchie sociale de cette époque (et des autres!) ? Dans l'entresol, une boutique proprette, au rez-de-chaussée, la gardienne et les remises, au premier étage (étage noble), l'aristocratie ou bien la grande bourgeoisie, au second, une bourgeoisie plus modeste, au troisième, une qui essaie d'être digne de sa classe sans en avoir les moyens matériels, au quatrième, des gens modestes, au cinquième, des ouvriers et sous les combles les mansardes des bonnes, les ateliers d'artistes et les grabas de miséreux. Une pyramide inversée dans laquelle les plus pauvres sont les plus élevés, plus proches des cieux aussi. Evidemment, Zola nous dépeint les signes extérieurs de gradation sociale de l'immeuble dans un vocabulaire savoureux qui laisse peu de doute sur sa commisération pour ses habitants. Qui vaut mieux que l'autre ? Quels liens se tissent secrètement ou au grand-jour entre les habitants de cet immeuble type ?
De par cette disposition, toute l'action de l'oeuvre est presque réduite à un huis clos haletant à multiples rebondissements et aux destins croisés. Sur les paliers, les uns passent, les autres épient et au fond des appartements, dans les cuisines, les bonnes déshabillent leurs maîtres avec le langage ordurier et cru qui leur sied. Et dans la cour intérieure de l'immeuble se déversent comme dans un égout les secrets des gens bien comme il faut, les salissures des âmes et de la morale.
Pot-Bouille est un savant tissage de fils noirs et gris à travers lequel résiste celui, vert, de l'espérance, qui montre le chemin vers une issue purifiée, délestée de tout ce que les ors et les tapis rouges des escaliers s'ingénient si bien à dissimuler mais qu'on nomme à juste titre la misère sentimentale.
18 septembre 2008
Le Pays du Dauphin Vert - Elizabeth Goudge
Dès les premiers chapitres de ce pavé à la couverture mystérieuse et fascinante, je me suis sentie oppressée. Sans doute parce que l'action se passe sur une île et que, cerné par l'eau, le lecteur se trouve immédiatement confronté à l'oeuvre ? Pas moyen d'échapper aux caractères si différents de ces deux soeurs que rien n'opposait jusqu'à l'arrivée d'un certain jeune homme...
Ce livre est un véritable voyage à travers le globe et l'univers des sentiments. Cette remarque qui pourrait s'appliquer à un grand nombre d'oeuvres prend une dimension et un accent particuliers pour Le pays du Dauphin Vert. Le suspens m'a tenu en haleine au fil de ces centaines de pages qui défilent plutôt lentement mais restent très colorées et souvent imprévisibles. Les paysages exotiques qui s'y lovent ne sont pas pastoraux, loin s'en faut. La fièvre ardente de la révolte des Hommes et de l'aînée des deux soeurs les habitent. Soif éperdue de liberté et d'indépendance ; soif éperdue d'être considérés et aimés.
Partout, la beauté. Sur le visage des personnages, bien fouillés par leur créatrice, sur les flots qui les emportent en compagnie du lecteur, dans la conquête d'une spiritualité sincère et poignante de la cadette... Troublante enfance et destin contrarié, passions secrètes et au bout du chemin, la vérité.
Résumé : Nous sommes au XIXe siècle dans une bourgade des îles Anglo-Normandes. La famille du jeune William emménage rue du Dauphin Vert. L’adolescent se lie à ses deux voisines, la jolie et souriante Marguerite, et la grave Marianne, plus ingrate. On rêve, on rit, on pleure, et l’on se moque de ce benêt de William qui, malgré sa préférence marquée pour Marguerite, ne peut s’empêcher de mélanger les prénoms des deux sœurs. Un détail idiot qui va bouleverser le cours de trois existences… William s’établit comme colon en Nouvelle-Zélande, toujours épris de son amoureuse d’hier. Prenant un jour son courage à deux mains, il demande par lettre la main de Marguerite. Quelques mois plus tard, il a la surprise de sa vie: c’est Marianne qui débarque du bateau.














