07 décembre 2008
Nord et Sud - Elizabeth Gaskell
Superbe ! Vraiment parfaitement écrit avec une très belle sensibilité côté sentiments mais jamais de mièvrerie. Une atmosphère enveloppante qui n'enchante pas exagérément et ne fait pas penser au lecteur "Ah, j'aurais bien voulu vivre à cette époque" mais une belle peinture de la société victorienne et le très beau contraste entre l'Angleterre du Sud (celle de Miss Austen) et l'Angleterre du Nord, plus rude, plus neuve, mal dégrossie et moins policée mais plus exaltante.
Bravo ! Cela faisait longtemps que je cherchais le livre, je lui ai enfin mis la main dessus et je le conseille à tous. Seul bémol : j'ai regretté d'avoir vu le film BBC avant de l'avoir lu, je pense que j'aurais pu encore mieux l'apprécier si je n'avais pas toujours eu à l'esprit les si chères scènes du film !
27 octobre 2008
Les Grandes Espérances - Charles Dickens
à lire
ça tombe très bien que Lilly le conseille car je viens d'achever l'excellent Quinconce de Charles Palliser et franchement, son admiration pour Dickens me donne très envie de m'y plonger à mon tour.
Jusqu'alors, je ne connais du grand auteur anglais que peu de choses, ne serait-ce Oliver Twist que j'ai très envie de lire aussi. Donc, dès que j'en ai l'occasion... je m'y mets !
Le Quinconce - Charles Palliser
Un roman qui vous porte à bout de souffle ! Je me réjouis d'avoir acheté les 5 tomes d'un seul coup quand je vois le peu de temps que je mets à le dévorer ! La lecture de ce roman (que j'avais acheté il y a déjà plusieurs mois et qui dormait à côté de ses confères dans la bibliothèque) se teinte déjà de mystère pour moi car les louanges pleuvaient, que ce soit en 4ème de couv ou sur les forums.
Intriguée et vénérant les éditions Phébus d'un amour inconditionnel, je me suis décidée à acheter l'oeuvre. Mais les premières pages m'avaient laissée sceptique parce qu'on y trouvait d'emblée la noirceur de Dickens. Je n'avais pas fini le premier chapitre que j'arrêtai ma lecture ou plutôt la laissai en suspens...
Un déménagement et un mariage plus tard, je suis plus au calme et je décide de consoler ce délaissé en lui accordant de nouveau toute mon attention. Bien m'en a pris ! Je me suis faite happer par le narrateur et son énigme. Je ne peux plus m'arrêter de lire ! enfin, si, comme lorsqu'il est temps pour moi de travailler, comme maintenant ! ;-)
L'histoire se vit en réalité comme un puzzle en cinq actes (1 acte = 1 tome). Une sombre histoire entoure de mystères opaques une jeune femme qui vit seul avec John, son fils. Ils vivent de la générosité d'un protecteur que le lecteur ne sera jamais amené à rencontrer. Car c'est ça qui est fascinant : les servantes du roman en savent plus que nous ! On a beau lire attentivement, découvrir et approfondir les personnages, essayer de tirer notre épingle du jeu, rien à faire, le brouillard, en Angleterre, c'est le brouillard ! Il nimbe la campagne anglaise et les rues londonniennes d'un voile impénétrable et, au fil des pages, l'aiguillon du suspens se fait plus précis, plus cruel. Saura-t-on un jour ? Découvrirons-nous la vérité sur tout ce qui se trame autour de cette jeune mère et de son fils ? Ou bien, mon affreux pressentiment que l'auteur serait assez cruel pour nous laisser en plan en bout de course se réalisera-t-il ? Une chose est sûre : vous ne le saurez pas avant moi sauf si vous lisez plus vite !
17 octobre... J'entame le 4ème tome de ce passionnant roman. J'ai littéralement dévoré le tome 3 et l'énigme se resserre à tel point que je me demande comment le lecteur (et le narrateur) va sortir de cette toile d'araignée si subtilement tissée par l'auteur...
... et oui, c'est terminé ! Hélas, dis-je, car j'ai été tenue en haleine jusqu'à la dernière phrase. Je comprends maintenant pourquoi il aura fallu 12 ans à l'auteur pour achever son oeuvre ! Quelle complexité, quel suspence ! Les rebondissements n'en finissent jamais. J'ai tremblé tout au long de l'intrigue et j'ai beaucoup apprécié l'issue qui laisse au lecteur imaginer bien des perspectives !
25 septembre 2008
Grand-Port / Cap Malheureux - Daniel Vaxelaire
Deux tomes d'aventures et de rebondissements concentrés. Du pur jus ! L'action se passe en Isle-de-France (actuelle île Maurice), à une époque où l'Empire français semble oublier sans trop de remords ses colons du bout du monde, assaillis par les forces de la Navy. Hervé, le jeune héros, pour le coup très loin d'être un anti-héros, est l'incarnation de la virilité associée à l'intelligence. En deux mots : un homme séduisant. Les trois filles de son voisin, riche planteur, ne s'y trompent d'ailleurs pas et c'est une autre forme de lutte qui s'engage, sur fond de lutte sociale entre Blancs et esclaves Noirs et de lutte politique et territoriale.
L'auteur, qui connaît à la perfection cette partie du globe, avance en terrain connu avec énormément d'humour et une plume allègre qui enchante le lecteur. Ces deux romans s'apprécient d'autant plus qu'ils font partie de ces fameux "livres introuvables" qu'on doit dénicher et beaucoup désirer avant de pouvoir les savourer à toute vitesse, comme lorsqu'on boit un verre d'eau fraîche après une longue traversée du désert. Une oasis, donc, dans un décor planté d'arbres fascinants, regorgeant de pamplemousses et de fruits exotiques, dans une atmosphère qui fleure bon les mille et une épices de ces contrées lointaines et isolées, seules dans le vaste océan. A lire dès qu'ils vous tombent sous la main !
19 septembre 2008
Pot-Bouille - Emile Zola
Dans ce volet qui annonce la fortune d'Octave Mouret, personnage principal de Au bonheur des Dames, Emile Zola atteint une finesse dans l'analyse des caractères humains à mon sens jamais égalée.
Je suis certaine que vous avez déjà eu l'occasion de contempler cette gravure XIXème siècle de l'immeuble haussmannien parisien qui illustre toute la hiérarchie sociale de cette époque (et des autres!) ? Dans l'entresol, une boutique proprette, au rez-de-chaussée, la gardienne et les remises, au premier étage (étage noble), l'aristocratie ou bien la grande bourgeoisie, au second, une bourgeoisie plus modeste, au troisième, une qui essaie d'être digne de sa classe sans en avoir les moyens matériels, au quatrième, des gens modestes, au cinquième, des ouvriers et sous les combles les mansardes des bonnes, les ateliers d'artistes et les grabas de miséreux. Une pyramide inversée dans laquelle les plus pauvres sont les plus élevés, plus proches des cieux aussi. Evidemment, Zola nous dépeint les signes extérieurs de gradation sociale de l'immeuble dans un vocabulaire savoureux qui laisse peu de doute sur sa commisération pour ses habitants. Qui vaut mieux que l'autre ? Quels liens se tissent secrètement ou au grand-jour entre les habitants de cet immeuble type ?
De par cette disposition, toute l'action de l'oeuvre est presque réduite à un huis clos haletant à multiples rebondissements et aux destins croisés. Sur les paliers, les uns passent, les autres épient et au fond des appartements, dans les cuisines, les bonnes déshabillent leurs maîtres avec le langage ordurier et cru qui leur sied. Et dans la cour intérieure de l'immeuble se déversent comme dans un égout les secrets des gens bien comme il faut, les salissures des âmes et de la morale.
Pot-Bouille est un savant tissage de fils noirs et gris à travers lequel résiste celui, vert, de l'espérance, qui montre le chemin vers une issue purifiée, délestée de tout ce que les ors et les tapis rouges des escaliers s'ingénient si bien à dissimuler mais qu'on nomme à juste titre la misère sentimentale.
17 septembre 2008
Au bonheur des Dames - Emile Zola
Au bonheur de... moi !
Comment décrire les sentiments, les émotions et l'élan de vie qui m'ont envahie les 8 fois où j'ai dévoré ce chef-d'oeuvre d'Emile Zola ? Au bonheur des dames est plus qu'une peinture sociale dans l'univers naissant et rapace des grands magasins parisiens, au XIXème siècle, c'est tout simplement la condition humaine qui s'inscrit à travers les personnages de Denis et d'Octave, les deux amants dont la romance est l'épine dorsale de cette oeuvre et qui balaie en trop peu de pages tout l'éventail de l'amour, du frisson d'un premier regard à la sensualité de la première étreinte.
L'histoire : Denise, originaire du Cotentin, jeune demoiselle de magasin, rayon des confections, débarque un beau matin dans le Paris pressé et agité, inhumain de cette période d'effervescence qu'est le Second Empire. Ses deux frères à sa charge, elle est seule et pauvre et doit affronter son destin : vivre et faire vivre les siens. Que possède-t-elle ? Rien de matériel mais la grâce, la patience et la douceur irrationnelles d'un ange oublié sur Terre. Son caractère entier et simple se heurte à la méchanceté, à la médiocrité et à la bassesse de son entourage mais elle est résistante, quoique frêle, et surmontera toute les épreuves qui se trouveront sur sa route pour gagner le droit de rester digne et fidèle à ses principes vertueux. L'entreprenant et ambitieux Octave, patron d'une des enseignes montantes de ce secteur en pleine expansion qui dévore les petits commerçants, est dès l'abord déconcerté et vaincu par l'innocence de Denise, par sans manque de calcul et de discernement. Débute alors une quête, la quête éternelle de l'Homme, vers un amour que d'aucuns croieront impossible, à commencer par les deux principaux intéressés mais ils luttent contre une fatalité qui les rattrapera... peut-être ? A vous de lire et de le dire.








