25 septembre 2008
La Florentine - Juliette Benzoni



Pourquoi cette série de quatre tomes de Juliette Benzoni m'a chamboulée ?
Sans aucun doute parce que l'écrivain sait si bien nous transporter à travers le temps et l'espace. Sans doute aussi parce que lorsque ces livres sont tombés entre mes mains, j'avais dix-sept ans et un regard assez peu critique sur la littérature. Là-dessus, ajoutez une furieuse envie de m'évader, de chevaucher aux côtés de princesses rebelles et de preux chevaliers...
La fraîcheur et la précision qui caractérisent l'oeuvre de Juliette Benzoni et qui lui vaut d'être désignée comme l'homologue d'Alexandre Dumas sont les premiers et peut-être les seuls responsables du succès que ses livres ont remporté auprès de moi. De Juliette, j'ai presque tout lu et j'ai cherché dans les brocantes pendants des années les séries Marianne, Catherine, Gerfaut, etc. bien avant qu'ils ne soient tous réédités voici quelques années.
Plus j'ai grandi et plus le côté "grand public" de ces romans m'est apparu criant et j'ai eu plus de réticences naturelles à les parcourir. Je n'y trouvais plus autant de plaisir, tout simplement. Cependant, cette série, la Florentine, qui met en scène le destin implacable de la jeune et belle Fiora reste parmi mes préférés. Deuxième oeuvre lue de l'auteur, elle fut et reste ma favorite car elle mêle dans le bon dosage (contrairement à Catherine, à mon avis) tous les ingrédients à succès de cette littérature : Histoire, amour, aventures, mystères, foi, héroïne troublante et romanesque.
La licorne et les trois couronnes - Valérie Alma-Marie
Treize ans ! Pas un de moins, que l'on attendait qu'un éditeur soit frappé du bon sens et réedite ce bijou romanesque ! Merci, mille fois merci ! Les aventures de Camille et de Philippe vont enfin pouvoir retrouver le chemin du public qui, j'en suis certaine, leur fera bon accueil.
La licorne et les trois couronnes est un livre qui, adolescente, m'avait empêché de dormir, je m'en souviens très bien. Je me rappelle l'avoir pris à la bibliothèque municipale et l'avoir dévoré en une seule nuit blanche ! Plus tard, adulte, j'ai constaté qu'il était introuvable excepté dans une bibliothèque à l'autre bout de Paris, je n'ai pas hésité tellement j'avais envie de le relire avec pour seule frustration de ne pas pouvoir mettre la main sur le tome 2 (de l'ancienne édition), le Griffon de Pavie. Ce n'est que bien plus tard, grâce à internet, que j'ai réussi à me le procurer et alors, là, trois heures délicieuses et trop courtes ont suffi.
Or, ce matin, qu'apprends-je ??? Une nouvelle édition qui non seulement réunit les deux premiers tomes (divisés en 2 tomes chacun) mais qui, en plus, publie la suite (2 tomes), intitulée Sur ordre du Roy et la Cavalière à la dague d'argent. Inutile de préciser que, même neuve et coûteuse, je l'ai déjà commandée !
Résumé : La Savoie en 1729. Intrépide cavalière, redoutable épéiste, la jeune Camille de Barsempierre découvre qu elle est la petite-fille du roi de Piémont-Sardaigne, Victor-Amédée II. Un médaillon en forme de licorne en atteste. Son père est mort vingt ans plus tôt, victime d un odieux complot. Menacée à son tour, Camille part trouver refuge auprès de son illustre grand-père qui lui demande de ne pas révéler son identité tant que les conspirateurs resteront impunis. Mais d autres dangers guettent la jeune fille. A commencer par le séduisant Philippe d Ambremont, officier aussi adroit aux armes qu en amour. Sur fond d intrigues diplomatiques et militaires, va naître entre Camille et Philippe une passion tumultueuse, troublée par le secret de la jeune fille... Notre princesse parviendra-t-elle à démasquer les assassins de ses parents ? Accèdera-t-elle au trône de Sardaigne ? Son amour pour d Ambremont trouvera-t-il son accomplissement ? Valérie Alma-Marie signe ici un éblouissant roman de cape et d épée. Son héroïne, aussi à l aise dans un univers d hommes qu à un bal de la Cour, déploie une séduction irrésistible qui ne laissera personne indifférent. Parfaitement documenté, écrit dans un style alerte, La Licorne et les Trois Couronnes est le premier volet prometteur d une série de huit.
22 septembre 2008
Les petites filles modèles - Comtesse de Ségur
Oui, je le classe dans la catégorie des livres qui m'ont chamboulée et je pense que plus d'un(e) parmi vous sourira soit parce qu'il(elle) me trouvera puérile soit parce que ce commentaire lui rappellera à lui(elle) aussi un souvenir délicieux et impérissable.
Fut une époque, il était de bon ton de taxer la Comtesse de Ségur de perversité parce qu'elle mettait en scène des enfants. Il ne se trouva pas un 68tard pour lui épargner une critique injuste ou un quolibet pourtant c'est bien la lecture, à l'âge de dix ans, de la série des vingt romans dudit auteur qui a fait naître en moi la passion de la lecture. Pour la première fois de ma vie, quelqu'un s'ingéniait à créer pour moi des histoires plus piquantes et palpitantes que celles de mes Playmobil ! A travers les différents opus de la Comtesse, j'ai été touchée par de multiples émotions : joie, peur, rire, tristesse, compassion et passion tout court. Madeleine, Sophie, Blaise, Marie et l'inoubliable Cadichon marquent à jamais ma vie après avoir peuplé mon enfance.
Lorsque ma jeune soeur, de quinze ans ma cadette, a été en âge de choisir des lectures, je lui ai conseillé les livres de la Comtesse de Ségur. Elle s'y est essayé, a apprécié mais n'a pas connu l'engouement que j'ai pu ressentir et je pense que c'est justement ça qui est puissant dans l'oeuvre de la Comtesse de Ségur : toucher chaque enfant, chaque lecteur d'une manière différente, selon son caractère et son degré de maturité. Impossible de ne pas trouver dans la foule de ses jeunes personnages un ou une qui nous renvoie à nous-mêmes, auquel ou à laquelle on peut s'identifier et essayer de grandir en suivant son "modèle", jouer à l'enfant "bien élevé" qui va jusqu'à demander pardon à sa mère pour l'avoir déçue ou contrariée.
Il existe de très nombreuses adaptations en bandes-dessinées, en films, en dessins d'animation, etc... Un univers protégé (mais pas tant que ça!) comme doit l'être celui de l'enfance.
19 septembre 2008
Marie-Antoinette : la naissance d'une reine
Ne cherchez pas de nom d'auteur pour cette oeuvre qui est en réalité un recueil de lettres échangées entre la terrifiante et vertueuse impératrice Marie-Thérèse d'Autriche et sa plus jeune fille, Marie-Antoinette, Dauphine de France, épouse du futur roi Louis XVI. Tout simplement bouleversant !
Le style est tellement actuel, tellement contemporain qu'on ne peut s'empêcher de trembler devant le destin à la fois terrible et glorieux de cette jeune adolescente de quinze ans livrée à un pays inconnu, à une culture étrangère, à des courtisans malhonnêtes et immoraux, à l'impuissance de son époux, aux ambitions non maîtrisées et à l'irrépressible pression de l'opinion publique.
Marie-Antoinette fut-elle ange ou démon ? Cette question, des dizaines d'artistes, d'historiens, d'historiographes, d'écrivains, de cinéastes, que sais-je encore ?, l'ont fouillée dans l'espoir de percer à jour le mystère qu'elle contient mais, les Goncourt avaient raison depuis le début !, il suffit de lire la correspondance de la Reine pour se convaincre qu'elle ne fut que le jouet des uns et le bouc-émissaire des autres.
A sa mère tant aimée qui l'a élevée librement, dans un grand esprit de famille totalement inconnu de la Cour de France, Marie-Antoinette se livre sans déguiser. Tiraillée entre la conscience de plaire à sa mère et aux deux patries chères à son coeur par l'accomplissement de son "devoir" et les faits qui font d'elle la femme "la plus malheureuse de son royaume", elle subit toutes les épreuves : humiliations répétées, discriminations, xénophobie... avec un courage et une majesté qu'il serait bien inutile de vouloir retrouver aujourd'hui chez un être aussi jeune. Son seul objectif : plaire. Son caprice : le bonheur.
Lisez, vous serez bouleversé(e)s.
18 septembre 2008
Evelina - Fanny Burney
Jane Austen, émule de Fanny Burney
A tous ceux et à toutes celles qui adulent miss Jane Austen, à tous ceux et à toutes celles qui ont littéralement fondus en visionnant North & South (BBC), d'après l'oeuvre d'E. Gaskell, je dis : "Emparez-vous d'Evelina !".
Je m'en souviens que si c'était encore hier. J'étais adolescente et mes parents nous avaient emmenés, mes frères et moi, passer une journée au bord de la mer, à Dieppe. D'ordinaire, je prenais plaisir à ces escapades mais, ce jour-là, j'étais tellement fébrile d'achever mon Jacqueline Monsigny, que j'ai prêté, je m'en souviens très bien, fort peu d'attention à tout ce qui m'environnait. Ni le charmant marché du samedi matin ni la houle furieuse sur les galets ne parvinrent à me distraire et à me faire ôter le nez de mon livre. Or, me dirigeant vers les marches de l'église afin de trouver un endroit où m'asseoir et rester tranquillement consacrée à mes occupations, je passai devant le déballage d'un bouquiniste qui m'aimanta inéluctablement. Mon regard fut presque tout de suite attiré par un beau roman relié, couleur ivoire vieilli, dont la première de couverture s'ornait du très subtil portrait d'une jeune fille. Une gravure si fine qu'elle semblait filigranée. Un visage d'ange irrésistible me souriait énigmatiquement. Sans même lire la 4ème de couverture, je m'emparai de l'oeuvre, secouée d'un pressentiment sismique. Je n'ai pas eu à regretter cet acte précipité...
Evelina est ce qu'on peut à juste titre nommer une "héroïne". Avec un tempérament plus naïf, moins cynique mais plus tendre que celles de Jane Austen, elle se laisse balotter par la vie tel un bouchon sur l'eau. Le récit, épistolaire, nous fait vivre de l'intérieur la passion naissante de cette jeune oie blanche pour "le monde", les plaisirs, le spectacle, le cercle social et... Lord Orville ! Je ne peux raisonnablement pas en dire plus car il faut absolument LIRE ce livre. Phénomène rare mais propre à cette oeuvre, j'ai éprouvé à chaque page lue le regret de devoir passer à la suivante et ma grande désolation fut de voir arriver la fin du roman, j'en aurais presque pleurer de dépit !
17 septembre 2008
Le Petit Prince - Antoine de Saint-Exupéry
Condition humaine
C'est, pour moi, une oeuvre majeure. A garder toujours sur sa table de chevet. Frais, vrai, philosophe, charmeur, le Petit Prince de Saint-Exupéry nous ramène à chaque page à notre humanité, à notre MOI profond enfoui très profondément en nous et aussi à notre MOI parmi les autres, dans notre société pas toujours conforme à l'image qu'on se fait d'elle.
Plonger dans ce petit livre qui se lit en moins de deux heures, c'est retrouver le goût de l'enfance en gardant ses yeux d'adulte. C'est revivre avec ferveur les moments de doute, quand on était perdu, si petit et si solitaire, sur notre planète à soi. Lorsqu'on a apprivoisé l'oeuvre (et il y a presque autant de lectures possibles que de lecteurs), on peut ensuite ouvrir le livre comme un recueil de poèmes et lire chaque chapitre indépendemment. C'est un concentré de fable aux accents de réalité car nous avons tous dans nos vies un renard qui veut se faire apprivoiser, une rose capricieuse que l'on veut soigner, un être perdu dans le désert qui attend qu'on le guide ou qu'on veut guider.
Et puis, à la toute fin, un serpent qui mord et qui endort, qui nous ramène à notre propre réalité, notre néant. C'est doux et ça ne fait pas peur ; c'est beau comme une étoile filante qui zèbre le ciel un instant et puis s'évanouit dans la nuit.
Orgueil & Préjugés - Jane Austen
Au sommet
Celles qui connaissent cette oeuvre maîtresse de ma très-aimée Jane Austen ne m'en voudront pas de déclarer avec audace que ceux et celles qui n'ont pas encore mis leur nez dedans passent à côté d'une partie d'eux-mêmes... Orgueil et Préjugés. Deux mots qui résument tout si bien. Qu'ajouter à cela ? Si ce n'est louer la plume et le style à la fois acide et drôle de notre chère romancière so british ! Et pourtant, je n'ai jamais été inspirée par la culture anglaise. Peu s'en faut ! Pas moyen de dénicher quelque chose de correct et d'équilibré à se mettre sous la dent à l'heure des repas sur cette sacrée jolie île ; c'est sans doute pour cette raison que je me suis un jour décidée à croquer dans l'oeuvre d'Austen ? Résultat : un régal. Ne craignons pas de filer la métaphore : un sommet de délices avec juste ce qu'il faut de Chantilly pour faire bruisser aux oreilles les subtiles dentelles, le jus d'un citron pour donner l'acidité qui rendra encore plus doux au palais les sucreries des dialogues qui sont du miel sur un pain frais. Délicieux ! Et si juste, rien de trop, rien de moins que du bonheur à l'état pur.
A voir les adaptations télé et ciné généralement réussies.
Au bonheur des Dames - Emile Zola
Au bonheur de... moi !
Comment décrire les sentiments, les émotions et l'élan de vie qui m'ont envahie les 8 fois où j'ai dévoré ce chef-d'oeuvre d'Emile Zola ? Au bonheur des dames est plus qu'une peinture sociale dans l'univers naissant et rapace des grands magasins parisiens, au XIXème siècle, c'est tout simplement la condition humaine qui s'inscrit à travers les personnages de Denis et d'Octave, les deux amants dont la romance est l'épine dorsale de cette oeuvre et qui balaie en trop peu de pages tout l'éventail de l'amour, du frisson d'un premier regard à la sensualité de la première étreinte.
L'histoire : Denise, originaire du Cotentin, jeune demoiselle de magasin, rayon des confections, débarque un beau matin dans le Paris pressé et agité, inhumain de cette période d'effervescence qu'est le Second Empire. Ses deux frères à sa charge, elle est seule et pauvre et doit affronter son destin : vivre et faire vivre les siens. Que possède-t-elle ? Rien de matériel mais la grâce, la patience et la douceur irrationnelles d'un ange oublié sur Terre. Son caractère entier et simple se heurte à la méchanceté, à la médiocrité et à la bassesse de son entourage mais elle est résistante, quoique frêle, et surmontera toute les épreuves qui se trouveront sur sa route pour gagner le droit de rester digne et fidèle à ses principes vertueux. L'entreprenant et ambitieux Octave, patron d'une des enseignes montantes de ce secteur en pleine expansion qui dévore les petits commerçants, est dès l'abord déconcerté et vaincu par l'innocence de Denise, par sans manque de calcul et de discernement. Débute alors une quête, la quête éternelle de l'Homme, vers un amour que d'aucuns croieront impossible, à commencer par les deux principaux intéressés mais ils luttent contre une fatalité qui les rattrapera... peut-être ? A vous de lire et de le dire.





